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Point final, de suspension, d'exclamation ou point d'orgue de ce projet, l'exposition "Delphine Balley" à LUX, Valence à laquelle les élèves ont participé.

http://www.lux-valence.com/le-pays-den-haut-le-pays-den-bas/

La création de #impromptu ainsi que la présence d'un numétoscope dans cette exposition parachèvent cette année qui fut riche en rencontres, réflexions et créations.

Exposition "Le Pays d'en haut / Le Pays d'en Bas", Delphine Balley
Exposition "Le Pays d'en haut / Le Pays d'en Bas", Delphine Balley
Le "numétoscope" présent à LUX, Valence

Le "numétoscope" présent à LUX, Valence

ATELIERS DELPHINE BALLEY

 

Delphine Balley a animé des ateliers dans le cadre du dispositif Eurêka aux collèges Paul Valéry de Valence et La Chapelle-en-Vercors, avec le soutien du Conseil général de la Drôme, et dans les lycées Camille Vernet et Barthélémy Laffemas (Valence), 3 Sources (Bourg-lès-Valence), polyva- lent La Saulaie (Saint-Marcellin), agricole de Vienne-Seyssuel (Vienne), Gustave Jaume (Pierre- latte),

Voici le témoignage de l’atelier au collège Paul Valéry, dans la classe de Laurent Dumaine, par Hubert Charbit professeur relais :

Les quelques minutes du diaporama dont les images défilent sont l’aboutissement d’un travail de plu- sieurs mois où des élèves d’une classe de troisième se sont investis avec une intensité et une joie qui démentent tous les verdicts saumâtres sur l’ennui supposé des collégiens d’aujourd’hui. Cette joie était celle de la liberté créatrice, et dans la dernière séance de travail qui fut celle de l’enregistrement des voix, on sentait avec évidence, parce qu’on touchait à la fin de cette aventure, le bonheur d’avoir fait œuvre commune.

 

Initialement, il avait été convenu que deux thématiques se croiseraient, le vécu des tranchées du pre- mier conflit mondial dont les lettres des poilus à ceux qu’ils avaient aimés avaient laissé la trace, et l’album de famille, autre trace plus onirique peut-être, et dont la règle du jeu était qu’il faudrait le constituer aujourd’hui avec nos téléphones portables dans des mises en scène qui laisseraient place au rêve. Robert Bresson, qui fut évoqué souvent par Delphine Balley pour orienter le travail des élèves, n’aimait pas l’expression de mise en scène parce que dans une mise en scène, le sens préside à l’agen- cement des choses, des gestes, des paroles et des sons au lieu de jaillir d’une manière imprévisible de leurs confrontations, de leurs chocs et de leurs frottements. Il fallut donc faire saisir aux élèves que les mises en scène dont il s’agissait ne devaient jamais trop en dire, ne surtout pas raconter, ne surtout rien illustrer non plus. Quand on montre tout, il n’y a pas d’art, et la difficulté est justement de ne pas montrer. L’idéal, disait encore Bresson, serait de ne rien montrer du tout. Au terme de ces mois de travail au cours desquels il a fallu sans cesse combattre cette pulsion naturelle à mimer le réel et ainsi à trop en dire, les élèves ont acquis cela. Ce n’est pas la moindre des vertus de ce projet que d’avoir fait bouger cette ligne et d’avoir donné à quelques uns au moins l’intuition de ce que signifie créer et de ce que signifie art. En voyant défiler les images de ce diaporama, en se laissant porter par les évocations qui naissent de leurs successions imprévisibles, de leur contact avec les sons, les voix et les mots d’outre-tombe des poilus, on comprend que ces élèves ont compris.

 

La conjonction de ces deux thématiques conduisait aussi, parce que chacune le portait à sa manière, au problème délicat de la représentation de la disparition, de la disparition des choses et des êtres. De ces hommes de chair et de sang écrivant à ceux qui leur manquaient, nous ne pouvons pas ne pas éprouver que ces mots sont tout ce qui nous reste. Non seulement parce qu’ils les écrivirent en un temps qui nous est lointain, mais parce qu’au moment même où ils les écrivaient, ils étaient des morts au futur antérieur : ils étaient de leur vivant, ceux dont il ne resterait que des traces fantomatiques. Dans la toute première séance, cette inquiétante étrangeté de la trace avait été soulignée parce que toute photographie n’est en somme que cela  : la documentation d’une existence anéantie, le reste insignifiant qui témoigne d’une disparition plus que d’un disparu. Certains artistes en ont fait la thé- matique de leur œuvre. Le voyage sentimental de Nobuyoshi Araki en est un exemple que Delphine Balley a fait découvrir à cette classe. Dans la conduite du projet, ce fut aussi un leit-motiv : toujours suggérer l’absence plutôt que de montrer l’absent, toujours suggérer le manque et la perte plutôt que l’image de celui ou celle qu’on a perdu. Le travail collectif projeté aujourd’hui témoigne que cette conscience a été acquise et déjà le sentiment diffus de cette déréliction.

 

Il reste à dire que ce projet pédagogique rayonnant, porté par deux enseignants remarquables de lettres et musique, a permis d’initier les élèves aux aspects les plus techniques de ce qu’on pourrait appeler le montage et d’en éprouver les enjeux esthétiques. La superposition des images produites ou d’archive, des sons, des voix et des textes, la construction des séquences et leur agencement final ont été autant d’occasions de penser ce qu’on créait et donc de le soutenir.

 

ÉTABLISSEMENTS ET ENSEIGNANTS QUI ONT PARTICIPÉ :

LYCÉE CAMILLE VERNET (Valence) : Roland Pelletier LYCÉE ALGOUD-LAFFEMAS (Valence) : Ingrid Auziès, Brigitte Pommier et Pascal Collombet LYCÉE LES TROIS SOURCES (Bourg-lès-Valence) : Bertille Vinay et Véronique Girard LYCÉE POLYVALENT LA SAULAIE (St-Marcellin) : Marie Senn et Marie-Christine Thomas LYCÉE AGROTEC (Vienne) : Marie Tripier di Piazza LYCÉE GUSTAVE JAUME (Pierrelatte) : Maryline Scherer et Geneviève Leman COLLÈGE PAUL VALÉRY (Valence) : Laurent Dumaine et Marc Petit COLLÈGE SPORT-NATURE (La Chapelle en Vercors) : Brigitte Campredon et Cyprien Capdeville

 

 

Création de

IMPROMPTU POUR PHOTOGRAPHIES ET VOIX

à LUX Valence, Juin 2015

 

LUX-vim from M Petit on Vimeo.

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